Lundi 30 novembre 2009
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Pendant longtemps, j'étais persuadé que la Hammer était une compagnie spécialisée dans la production de navets ou de nanars. Ce n'est finalement que très récemment
que j'ai révisé cette opinion, après avoir vu des films réellement de bonne, voire de grande, qualité. Bien sûr, il y a du rebut dans le tas, mais quelle société peut se vanter de n'avoir jamais
produit un seul mauvais film ? La Hammer occupe une place importante dans l'histoire du cinéma d'épouvante européen, tant du point de vue quantitatif que qualitatif, et a su confier des
réalisations à des cinéastes bourrés de talent. On peut citer Freddie Francis. On peut également citer Terence Fisher. Et ça tombe bien, puisque c'est ce dernier qui a réalisé Horror of
Dracula, que je viens tout juste (enfin...) de regarder.
Le titre français est un peu trompeur : dans ce film, ce n'est pas Dracula qui fait un cauchemar, mais c'est le cauchemar qu'engendre Dracula dont il est question. Il serait intéressant de se
demander d'ailleurs à quoi pourrait ressembler le cauchemar d'un vampire. Rêve t-il de gousses d'aïl, de rayons de soleil et de méchants crucifix armés de pieux pointus ? Je vous laisse le soin
d'y penser, ça pourrait être assez truculent.
Le Cauchemar de Dracula propose un duel de toute beauté entre deux monstres sacrés du cinéma d'horreur britannique, à savoir Peter Cushing dans le rôle du chasseur de vampires, et
Christopher Lee dans le rôle (naturellement) du Comte Dracula. Sauf erreur de ma part, c'était la toute première fois que Lee endossait ce rôle qui allait par la suite envahir avec bonheur sa
carrière d'acteur. Et déjà, il interprète un Dracula impeccable, gentleman froid mais accueillant au sein duquel couve une bête immonde assoiffée de sang humain. Plus british que roumain dans son
genre, mais ça fait tout de même son petit effet...
En ce qui concerne la réalisation, on est en présence d'un pur film gothique, typique des années 50, avec ses décors qui ont terriblement mal vieilli mais qui n'en conservent pas moins un charme
indéfinissable, ses jeux d'acteur souvent grandiloquents ou même outrancier, et son environnement musical surchargé de cuivres et de tambours, pour bien qu'on comprenne à quel moment on est censé
sursauter. De ce point de vue, on ne peut pas faire plus représentatif de l'univers de la Hammer que Le Cauchemar de Dracula. Tout y est, y-compris son personnage de croque-mort hilare
face à la mort ou celui de son douanier grotesque. Les deux seules petites tâches d'humour au sein du film, par ailleurs. Le reste du temps, on n'a vraiment pas le coeur à rigoler. Ou alors, ce
n'est pas fait exprès.
Car si c'est un film qui a beaucoup de qualités et qui vaut réellement le coup d'être vu, ne serait-ce que pour son statut mérité de classique, il n'en demeure pas moins porteur d'incohérences
étranges. Disons les choses comme elles sont : les gens n'y sont pas très malins. A commencer par le tout premier chasseur de vampires, qui se présente au château de Dracula en se faisant passer
pour un aimable bibliothécaire et flingue sa couverture avec autant de maladresse qu'un agent secret en première année de fac d'espionnage. Sans avoir oublié, au passage, de montrer une
photographie de sa fiancée au comte maléfique, et même de lui donner son nom et son prénom. Faut pas s'étonner après si le vilain suceur de sang se précipite pour rendre visite à la donzelle en
question, une fois le jeune homme passé de vie à trépas...
Peter Cushing dans son genre non plus ne fait pas preuve d'une grande sagacité. C'est toujours plus facile quand on regarde le film que quand on est dedans, c'est comme pour les jeux télévisés,
d'accord, mais tout de même : pour un type qui se targue de bien connaître les vampires, il est un petit peu long à la comprenette... Et que dire enfin du comte Dracula lui-même, qui se fait
avoir comme le dernier des bleus malgré ses six siècles d'expérience ? C'est là la principale faiblesse du Cauchemar de Dracula : la légèreté assez tangible de son scénario, qui rend
certaines situations somme toute peu crédibles...
Mais bon, ne boudons pas notre plaisir pour autant, on passe un très bon moment devant ce film, et même si les années ne l'ont pas épargné, même si certaines scènes font plus kitsch qu'autre
chose, on demeure face à une oeuvre pleine de poésie et de passion, qu'il serait dommage de ne pas voir au moins une fois dans sa vie !
Sur ce, je vous laisse, et si vous êtes réfractaire à l'aïl, dites-vous que c'est excellent pour la circulation du sang. Paradoxal, non ?