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7 décembre 2014 7 07 /12 /décembre /2014 16:31

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Amelia est veuve. Son mari est mort dans un accident de voiture alors qu'il l'emmenait à la clinique pour qu'elle accouche. L'anniversaire de l'enfant d'Amelia est donc le même que celui de la mort de son mari. Sept ans plus tard, l'enfant en question est un garçon à moitié psychopathe qui se fait renvoyer de l'école tous les jeudis. La belle famille d'Amelia les déteste tous les deux. Amelia travaille comme infirmière dans un hospice pour les vieux. Elle est sexuellement frustrée. Sa voisine a la maladie de Parkinson. Et quand un monstre décide de venir les tourmenter elle et son fils, Amelia se sent en droit de considérer qu'elle a vraiment une vie de merde.


Babadook a été écrit et réalisé par une femme, et c'est encore suffisamment rare pour être signalé. C'est d'ailleurs loin d'être anecdotique : je ne sais pas si un homme aurait osé parler de la maternité sous un angle aussi violent, repoussant les tabous et les limites jusqu'à laisser flotter dans l'air un étrange parfum équivoque de pulsions sexuelles incestueuses d'une mère envers son petit garçon. Rien d'explicite non plus, mais c'est tout de même assez gros, à moins que cela ne vienne de mon cerveau terriblement malade.

 

Une chose est certaine : le lien établi entre sexualité et possession est évident. Est-ce la raison pour laquelle cette dernière est filmée d'une manière aussi chirurgicale, aussi crue et nue ? Probablement. On pense forcément à L'Emprise et ses scènes de viol, où là encore le phénomène de hantise était relaté et dépeint d'une façon profondément « réaliste », pour peu que le mot ait un sens dans ce contexte particulier.

 

Ici, la montée en puissance est sensible, tangible même, et le film s'amuse à renverser quelques codes. Alors que l'on pensait voir venir la menace du petit garçon, c'est finalement la mère qui se déshumanise jusqu'à la plus paroxystique des violences. Absolument terrifiante, campée par une actrice remarquable, elle passe d'un personnage dépressif façon Lars Von Trier à une espèce de Jack Torrance au féminin, les pitreries de Nicholson en moins. Obscure figurante de téléfilm, Essie Davis livre ici une prestation à faire tomber les murs, au sens propre du terme. Elle explose littéralement l'écran. 

 

C'est moins le cas du gamin qui n'est pas toujours des plus convaincants, mais qui a une tête et des expressions faciales tellement improbables qu'il se fond dans son rôle sans aucune difficulté. On aboutit ainsi à un duo où la tension se maintient de bout en bout, au service d'une ambiance captivante et franchement malsaine qui force l'admiration.

 

Il faut d'ailleurs bien reconnaître qu'en-dehors de ces éminentes qualités, The Babadook n'est pas le film le plus original de sa décennie. Son personnage de croque-mitaine façon Baron Samedi fait plutôt redite, et on ne nous épargnera pas les poncifs du genre que sont les invasions de cafards, les vomissures de sang noir ou le lit qui valdingue comme dans L'Exorciste, assorti d'une explicite citation pour bien faire. On est dans la droite ligne des productions de ces dernières années, trademark Oren Peli et James Wan, qui ont salutairement sonné le glas de la mode des torture-porn, ce en quoi je ne les remercierai jamais assez.

 

Mais The Badabook tire merveilleusement bien son épingle du jeu. Bien moins grand-guignol qu'un Sinister, par exemple, il sait tenir son propos du début jusqu'à la fin sans vulgarité et réserve même un dénouement clairement inattendu, qui fera le bonheur des psychanalystes nostalgiques d'Hitchcock. Un environnement sonore impeccable, d'une efficacité redoutable, finit de donner au film son cachet singulier. Ajoutons à cela un bel hommage rendu à Méliès, enfin clairement présenté comme un créateur de films d'épouvante, et mon coeur ne pouvait que chavirer.

 

Vraiment, The Badabook est une très belle découverte, que je recommande avec les pieds, les mains, les genoux et les gencives, mais pas les oreilles parce que je garde tout de même quelques réserves. Quiconque a envie de voir une bonne femme tordre le cou à un chien avant de s'arracher une dent à mains nues doit voir ce film. Les autres ont le droit aussi. C'était juste pour dire.


Sur ce, je vous laisse.

 

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