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19 octobre 2013 6 19 /10 /octobre /2013 23:32

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Samantha est une jeune étudiante qui vient tout juste de trouver un appartement et a grand besoin de pouvoir en payer la caution. C'est pourquoi elle a tellement envie d'obtenir ce poste de babysitter que des affichettes collées un peu partout sur le campus proposent. C'est aussi pour cela qu'elle acceptera le job, même si la famille qu'elle rencontre a de quoi faire se dresser les cheveux sur la tête. Et quand elle décidera de changer d'avis, il sera comme d'habitude un peu trop tard...

 

Est-ce que le scénario de The House of the Devil a une grande importance ? Pas vraiment. Du moins, ce n'est pas l'élément qui retient le plus l'attention durant le visionnage de ce film, ce qui ne signifie pas qu'il soit raté ou inopérant. Il est plutôt prétexte. Prétexte à réaliser un film qui, quoi que datant de 2009, ressemble à s'y méprendre à une oeuvre des années 70-80, façon film d'épouvante de grand studio, juste avant que le slasher ou la série B soient à la mode et envahissent les salles de cinéma.

 

Pour aboutir à ce résultat, Ti West a réalisé son film avec les outils techniques dévolus aux cinéastes de ces années prolixes, ce qui explique que l'ont ait à l'écran le grain d'image et les couleurs si typiques des seventies. Mais le réalisateur a surtout reproduit avec une minutie impressionnante la grammaire stylistique du cinéma de cette époque : plans larges à la manière de tableaux offrant une grande profondeur et des effets de perspective radicaux, légers travellings en ouverture de chaque nouvelle scène, effets de caméra « décentrée », etc. Autant de procédés de réalisation qui semblent parfaitement naturels quand on regarde un film des années 70, mais reprennent ici toute leur dimension de choix artistiques purs, rappelant ainsi qu'en matière de création, rien n'appartient jamais au hasard...

 

De ce point de vue, le travail de Ti West est réellement admirable. On pourrait presque lui reprocher de mélanger un peu trop les genres (le générique frôle la blacksploitation quand le déroulé du film tend plus vers Rosemary's baby ou The Omen) mais la volonté du film étant de couvrir le champ du cinéma de genre de cette époque, la critique ne serait qu'à moitié légitime...

 

Outre la forme, le fond répond là aussi parfaitement au cahier des charges : les dialogues comme les personnages (et le jeu des acteurs qui les incarnent) est très fidèle à l'ambiance de ces années, de même que le déroulé du scénario, les thèmes qu'il aborde et son écriture. Et comme le film se déroule au début des années 80, les décors et les vêtements achèvent de créer l'illusion. Rien à faire : en regardant The House of the Devil, on a peine à croire que le film a moins de cinq ans. Seuls les passages un peu violents ou gores, relativement rares, rappellent plus volontiers notre cinéma contemporain. Et encore : le sang est rouge, dans ce film. Un vrai rouge sang. Pas l'espèce de bouillie noirâtre que l'on nous propose aujourd'hui. Tarantino en a parlé quelque part, de l'évolution de la couleur du sang au cinéma. Je ne sais plus où, mais si vous retrouvez le texte, lisez-le : il est très instructif.

 

Alors bon d'accord, Ti West (qui avait déjà démontré dans The Roots, nettement plus médiocre, qu'il ne souhaite pas aborder le cinéma comme tout le monde) réussit une prouesse technique et artistique. Un exercice de style tout à fait admirable. Mais ensuite ? C'est là que les choses se compliquent : on regarde le film en étant constamment à l'affût de tout ce qui crée l'illusion des années 70-80, au détriment de ce qu'il raconte, de ce qu'il est censé dire, pour peu qu'il soit censé dire quelque chose. On oscille entre intérêt pour l'intrigue et prise de recul par rapport à cet objet filmique non-identifié. C'est un film que l'on observe autant qu'on le regarde.

 

J'ai presque envie de faire un parallèle – audacieux – entre ce film et Super 8. On est un peu dans le même registre : un réalisateur adopte une posture stylistique qui n'est pas la sienne propre. Dans le cas du film de J.J. Abrams, c'était la grammaire Spielberg qui était sollicitée. Mais Super 8 est directement dans l'hommage, son parti-pris a quelque chose d'évident et son scénario est tellement mouvementé et envahissant que l'esthétique s'efface au profit de l'histoire qu'elle sert, exactement comme chez Spielberg, génie invisible par excellence...

 

Toutefois, soyons clair : je ne vais certainement pas dire que The House of the Devil n'est pas intéressant. Au-delà de son pur aspect technique et de la gageure qu'il représentait, j'ai tout de même fini par rentrer dedans et me laisser happer par l'intrigue, aussi ténue et prétexte soit-elle. Et dans tous les cas, j'ai passé un excellent moment devant. Je suis juste un peu dubitatif quant à la finalité de la chose, ne sachant pas exactement sur quel pied danser face à ce film qui, paradoxalement, ne ressemble à aucun autre. La démarche est incroyablement originale. Tellement qu'elle déroute un peu. Et c'est en rédigeant ce texte que je me rends compte que le revoir me sera nécessaire pour arriver à mieux fixer mes impressions


Une chose est certaine : même s'il me laisse perplexe, et peut-être justement parce qu'il me laisse perplexe, The House of the Devil est un film à voir. Je ne peux que le recommander, aux amoureux du cinéma des années 70 comme aux autres.


Sur ce je vous laisse, non sans préciser que oui, je sais, Rosemary's Baby date de 1968, mais puisque les siècles s'obstinent à ne jamais commencer à l'heure, pourquoi n'en irait-il pas de même avec les décennies ? 

 

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commentaires

Mr. Villaine 20/10/2013 00:37

Impressions assez différentes de ma part. L'ayant vu sans en connaître la date de production, je me suis coulé très facilement dans l'histoire et le style. Rétrospectivement, l'ayant pris pour un
bon film d'horreur des 70's, je trouve que l'exercice de style est incroyablement réussi.