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24 juillet 2014 4 24 /07 /juillet /2014 21:04

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Au début ça part un peu n'importe comment et on ne sait pas vraiment sur quel pied danser, des histoires d'adultère et d'enlèvements d'enfants qui se mélangent jusqu'à un meurtre conjugal et des dédoublements de personnalité, puis au bout d'un moment on finit par y voir plus clair quand même. Mais si je vous en dit trop ça va gacher le plaisir, alors je me tais.

Enfin, quand je dis plaisir... Brian de Palma a beau avoir réalisé ce film sur le tard, comparé à ses oeuvres de jeunesse comme Sisters ou Carrie, on y retrouve tout ce qui fait le charme originel de ce réalisateur : son incapacité totale à mener un récit à bien sans ennuyer son public à en mourir. Bon d'accord je sais, je suis sévère, mais sérieusement Brian de Palma est à mes yeux le réalisateur le plus surestimé et le plus surfait des États-Unis.

 

Ici, son style statique et ses gros plans grotesques prennent toute leur ampleur, et le film court après Psychose sans jamais parvenir à lui attraper ne serait-ce que son ombre. On se fout totalement de l'histoire qui se déroule devant nos yeux, on hallucine en écoutant des dialogues de trois pieds de long chargés de nous expliquer tout ce que le film n'arrive pas à raconter en images, on se marre devant le jeu des acteurs qui bien souvent frôle l'escroquerie en bande organisée.


Est-ce que Raising Cain est une catastrophe ? Même pas : c'est juste un produit de série B qui se donne de grands airs parce que son réalisateur, pour des raisons qui m'échappent, est célèbre et reconnu dans sa profession comme un artiste à part. Bien sûr que Brian de Palma a réussi dans sa carrière à réaliser quelques bons films (Carrie en fait partie, Carlito's way également), mais généralement il fait dans le médiocre de luxe (son Scarface ou ses Incorruptibles). Ici, on est carrément au niveau du Bûcher des vanités ou du Mission to Mars : le bon gros mauvais Palma des familles.

 

Sur ce, je vous laisse.

 

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14 septembre 2013 6 14 /09 /septembre /2013 01:34

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Une étudiante part sur les traces du fait-divers qui fit sensation en Allemagne au début des années 2000, à savoir l'histoire (vraie) de cet homme obsédé par un fétichisme cannibale qui trouva sur Internet une victime consentante, désireuse de se faire tuer et manger. Fascinée par les protagonistes de cette macabre rencontre, la jeune femme se laisse envahir par l'ambiance morbide de son sujet d'étude.

 

Autant le dire tout de suite, j'ai horreur des histoires de cannibale. Que des zombies mangent des gens, ça m'est égal, c'est la raison d'être des zombies. Que des araignées, des loups, des ours, des chiens ou des ratons laveur mangent des gens, je m'en fiche, on demeure dans un registre d'espèces différentes. Mais des gens qui mangent des gens, ça me met mal à l'aise. Je n'étais donc pas forcément motivé à l'idée de regarder ce film, et d'un autre côté j'étais comme tout un chacun attiré par l'idée d'en savoir plus sur cette histoire de malade.


Parce que oui, il existe vraiment ce cannibale allemand, il s'appelle Armin Meiwes, et il a posté une annonce sur Internet pour savoir si quelqu'un voulait se faire manger. Et la victime aussi, elle existait vraiment. Elle s'appelait Bernd Jürgen Brandes, et elle a répondu à l'annonce avec enthousiasme. Les deux hommes se sont rencontrés, ils ont fait l'amour, puis Armin a coupé le zizi de Jürgen, ils l'ont mangé à deux, et ensuite Jürgen est passé à la casserole. Armin se fera coincer par la police plus tard, quand il postera une deuxième annonce, alors qu'il commençait à manquer de viande.


C'est pas pour faire dans le défaitisme national, mais décidément les Allemands font vraiment tout mieux que nous. A côté d'un fait-divers pareil, on a vraiment l'air médiocres avec nos Xavier-Dupont de Ligonnès et nos disparues de Perpignan...

 

Du coup, j'attendais du film qu'il satisfasse (mais oui) ma curiosité malsaine d'orang-outang voyeur que je suis au fond de moi, comme tout un chacun. D'une certaine manière, c'est une déception. Le film prend effectivement le parti de l'aspect psychologique, mais survole son sujet avec une légèreté coupable, même si c'est plus facile d'être léger pour survoler. Untel est traumatisé par le suicide de sa maman qui n'a pas supporté de déceler chez son fils des pulsions homosexuelles. Soit, il y a de quoi, convenons-en. Est-ce suffisant pour développer l'envie de se faire arracher la bite et de se faire manger vivant ? Je ne m'appelle pas Siegmund, mais j'ai instinctivement envie de répondre non. Même chose pour l'autre untel de service, voué à soigner sa mère malade et acariâtre et reclus dans la solitude depuis l'enfance. J'ai moi-même été un enfant relativement solitaire. Je n'ai jamais eu envie de manger mon voisin pour autant, aussi appétissant puisse-t-il être.

 

Alors bon, je ne suis pas de bonne foi et j'en conviens. Bien malin celui qui pourrait prétendre expliquer de manière détaillée ou rationnelle la naissance de fantasmes ou de fétichismes aussi extrêmes. C'est une succession de plein de choses, des détails sans doute, qui mènent petit à petit à l'éclosion de ce genre de déviances. Cela n'empêche pas le film de procéder à des raccourcis ou des ellipses un peu faciles.


Ajoutons à cela que l'histoire de l'étudiante, qui tremble de tous ses os en regardant la salle de classe ou Pince-mi cannibale a passé son enfance, qui casse des carreaux pour visiter des maisons par effraction ou fréquente des sites pas possibles pour récupérer la vidéo où l'on voit Pince-moi se faire couper le manchon et ne pas arriver à le manger ensuite parce que la viande est trop cuite, on se demande un peu ce qu'elle vient faire là. Deux tarés puissance mille, ça ne suffisait pas pour faire un film ? Il fallait vraiment rajouter un troisième personnage ? — A bien y regarder, le seul rôle de cette jeune femme est de symboliser l'oeil extérieur, attiré par le caractère sordide du fait-divers, jusqu'à ce que sa recherche de détails le pousse à l'écoeurement et l'amène à revenir sur le chemin de la normalité. Une caution morale en quelque sorte. Pas franchement nécessaire quand on parle d'un type qui en mange un autre. En Allemagne comme partout, l'immense majorité des gens sont informés que ça ne se fait pas. Même quand l'autre en face est d'accord.

 

Le film a du mal à se situer. Oscillant entre biographies compassionnelles et mini-délires oniriques, le tout dans une ambiance plombée, aux couleurs ternes, au rythme lent et pesant, il intéresse de par son caractère franchement malsain mais ennuie aussi, un peu beaucoup. Il a au moins le mérite de ne pas faire dans le gore ou le sensationnalisme : tout est suggéré, ce qui marche assez bien, mais l'on ne peut que regretter que la rencontre entre les deux hommes n'ait pas été plus développée. Filmée comme une intense histoire d'amour qui se termine en petits morceaux, elle ne recouvre guère qu'un tiers du film alors qu'elle aurait pu l'occuper en entier à elle toute seule.

 

En réalité, je ne sais pas trop quoi penser de ce film, et c'est aussi pour cela que cette critique s'éternise. Autant je me faisais un peu chier devant, autant j'avais envie de rester devant l'écran et de voir la suite. Et si je comprends ceux qui doivent le trouver totalement nul, je ne jetterais certainement pas la pierre à ceux qui le portent aux nues. On est en face d'une réalisation qui tente vraiment quelque chose : une approche psychologique, et une approche sensible, d'un sujet qui aurait pu ne donner qu'un film dégueulasse de plus. Pour autant, c'est bel et bien l'histoire dont il s'inspire qui tient la vedette dans Rohtenburg. L'angle d'approche était le bon, mais son traitement laisse à désirer. Me voici donc mi-figue mi-raisin. Et bien embêté pour vous livrer une opinion claire et précise.

 

Sur ce, je vous laisse...

 

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20 mai 2013 1 20 /05 /mai /2013 23:26

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De nature quelque peu tyrannique et passablement perturbé par la perte de son emploi, un père de famille décide sur un apparent coup de tête d'offrir un jour de congé à la campagne à sa femme, sa fille et son fils. Le grand air, un bon rôti dans le four et un bonhomme ligoté et bailloné au grenier sont au rendez-vous de cette délicieuse parenthèse familiale.

 

Axed n'est pas aussi mauvais que de nombreux commentaires ou votes sur Internet le prétendent. En tout cas, je ne partage pas cette opinion. Il ne mérite certainement pas la note de 3,3 sur 10 que les internautes lui délivrent sur IMDB, surtout quand on compare aux notes nettement plus flatteuses que certains films, pourtant mille fois plus mauvais que celui-ci, se voient accorder. Cependant, Axed n'est certainement pas non plus un bon film. C'est compliqué cette histoire. Je vais essayer d'être clair, ça nous changera.

 

Dans le fond, on est en présence d'une oeuvre qui a le mérite de ne pas ressembler à tout ce qui se fait autour d'elle. Certes, le postulat de départ du film, jouant sur la corde sociale en rappelant les ravages que le chômage commet dans nos sociétés européennes, est plutôt prétentieux et apparaît bien vite comme un simple prétexte à raconter l'histoire qui va le suivre, mais en-dehors de cette petite faute de goût on ne peut pas reprocher à Axed de rabâcher des lieux communs. Son scénario tente réellement de sortir des sentiers battus et y arrive, au moins au début.

 

Ainsi, on suit avec un intérêt certain le jeu pervers auquel s'adonne ce personnage inquiétant et profondément prédateur de père cynique et sadique, qui ne parvient jamais à cacher l'intense mépris que ses enfants lui inspirent. La vision de la famille qui est délivrée ici est noire et cruelle, et la satire n'est jamais bien loin, y-compris dans l'attitude de la mère et des enfants qui semblent s'aveugler volontairement pour se rattacher au schéma familial qu'ils créent et désirent malgré tout préserver, même aux côtés d'un être aussi détestable.


De plus, la réalisation choisit de traiter les choses avec un certain recul, une neutralité froide et chirurgicale qui ne manque pas de charme et fait penser, de façon toutefois assez lointaine mais c'est pourtant ce qui m'est venu en tête, au fameux Funny Games de Haneke. Bref, un malaise s'installe, bien distillé et n'abusant pas du grand-guignol ou d'effets putassiers façon torture-porn.

 

Hélas, ce sont là les seules qualités du film. Quant à ses défauts, il faudrait en premier lieu signaler que chacun de ses acteurs joue comme un pied. Une horreur. Une catastrophe. Non seulement ils jouent mal en solo, avec des intonations de voix qui sonnent aussi faux qu'un piano désaccordé et des gestuelles frôlant le ridicule achevé, mais ils jouent mal entre-eux, offrant des jeux de regards outranciers ou des interactions tombant mollement à plat. Certaines scènes parviennent tout de même à fonctionner, mais c'est aussi parce que j'y ai mis beaucoup de bonne volonté. Quelqu'un de plus pointilleux que moi sur le talent des acteurs risque de ne pas tenir plus de dix minutes.

 

Ensuite, si le scénario propose un argument initial intéressant et somme toute bien ficelé, il a nettement plus de mal à se maintenir et se révèle plus ennuyeux qu'autre chose dans la seconde partie du film, où les personnages passent leur temps à se courir les uns derrière les autres sans qu'ils en ressortent vraiment quelque chose, jusqu'à la longue scène de poursuite nocturne dans les bois qui s'avère mortellement ennuyeuse. Un point positif : j'ai craint tout le long un twist à la con qui aurait totalement détruit la bonne idée initiale du propos, et celui-ci n'arrive pas. Pour autant, la fin du film n'en est pas moins décevante, et sa dernière image parfaitement ridicule.

 

On saluera également, en guise de cerise sur le gâteau, la qualité des cascades et des acrobaties auxquelles se livrent les acteurs dont on devine aisément que cela ne fait pas partie de leur formation, si formation il y a. Bien sûr, tout le monde ne sait pas tomber comme un cascadeur, mais a-priori tout le monde sait tomber tout court. Arriver à tomber faux, c'est pousser très loin dans le registre de l'incompétence. J'admire.

 

Donc voilà. Est-ce que je vous recommande Désaxé ? Non pas, monsieur. Je ne prendrais jamais pareille responsabilité. Mais je maintiens que le film partait sur de bonnes bases et mérite au moins que l'on salue l'originalité dont il a essayé de faire preuve. Là où d'autres se contentent de réaliser un énième film de bestiole mangeuse d'hommes ou de tueur masqué mangeur de femmes, il serait mesquin de ne pas la relever. Cela me suffit pour considérer que je n'ai pas perdu mon temps, mais cela ne suffit pas à en faire un bon film, et c'est bien dommage.


Sur ce, je vous laisse. Et n'oubliez pas : portable bouillu, portable foutu !

 

 

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14 mai 2012 1 14 /05 /mai /2012 19:47

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Le gamin, déjà grand, est schizo tendance maniaque au grand coeur, la maman est malade et fait caca dans le lit sans prévenir, le père se bat pour que la maison mille fois trop grande pour eux trois ne soit pas vendue, bref c'est un imbroglio sans pareil qui ne se simplifie pas lorsque fiston schizo décide de prendre soin de maman malade pendant que papa grogon a le dos tourné.

 

The Living and the dead a quelques qualités : ses interprètes ne sont pas spécialement mauvais (Leo Bill est même très convaincant) et le film propose une petite dizaine de plans pas trop moches. Mais il n'en reste pas moins un gros défaut : tout cela est parfaitement et totalement inintéressant. Simon Rumley étire sur une heure trente ce qu'il aurait pu raconter en vingt minutes, sans que cela soit plus agréable à regarder. La lourdeur avec laquelle il insiste sur des évidences met en relief son manque criant de créativité, et ses tentatives esthétisantes n'apparaissent que comme de vilains prétextes pour faire mumuse avec une caméra qui n'a rien à dire.

 

Profondément malsain sans parvenir à devenir dérangeant tant il est soporifique, The Living and the dead compte parmi ces films dont on se demande pourquoi on les achète au moment où on les achète, pour ensuite se demander pourquoi on les regarde au moment où on les regarde. Ce n'est pas pour le plaisir de dire du mal, mais là c'est vraiment du très mauvais de tout partout.

 

Sur ce, je vous laisse !

 

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7 avril 2012 6 07 /04 /avril /2012 14:40

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Alors que sa mère gravement malade et sa soeur désespérée sont à deux doigts de se faire expulser, Fool (rebaptisé Toutfou dans la version française), un jeune garçon de treize ans, se laisse embarquer dans le cambriolage de la maison des propriétaires de l'appartement familial, espérant ainsi gagner de quoi payer le loyer et les frais de santé nécessaires à la survie de sa petite famille. Il va découvrir ainsi que ses proprios sont un parfait couple de tarés et que la maison qu'ils habitent est faite à leur image...

 

La première fois que j'avais vu ce film, je l'avais détesté. Mais il convient de dire que je suis rarement de bonne foi avec les films de Wes Craven : c'est un réalisateur que je trouve très médiocre et, pire que tout, très surestimé. Dés lors, j'ai quelquefois tendance à juger très sévèrement certains de ses films qui, somme tout, sont à peu près valables. C'était probablement le cas de ce Sous-sol de la peur, dont le titre ridicule (tant en français qu'en anglais) ne doit pas masquer les réelles qualités.

 

D'abord, on est en présence d'un film assez particulier, plus proche du conte de fées cauchemardesque que de l'épouvante pure. Le couple de propriétaires, incarné à la perfection par Everett McGill et Wendy Robie, relèvent tellement de la caricature hystérique que l'on ne saurait les prendre autrement que pour des personnages sublimés, affolants de perversité et de cruauté, faisant planer autour d'eux une atmosphère malsaine à tous les points de vue. On peut regretter que le film ne se soit pas plus concentré sur cet aspect des choses, les intermèdes se déroulant dans le ghetto, même peu nombreux, nuisant finalement plus qu'autre chose à cette dimension onirique que le film semble pourtant revendiquer. Il en va de même pour ces moments burlesques que Wes Craven dissémine tout le long de son film et qui, pour le coup, lui confèrent un côté cartoon qui ne fonctionne pas toujours...

 

Cela dit, ne boudons pas notre plaisir : on est en présence d'une oeuvre à la fois surréaliste et satirique, où les flics font de grands sourires aux tortionnaires d'enfants lorsque ceux-ci sont riches et blancs, jusqu'à ce que ce justice soit faite et que les exploiteurs soient punis par là où ils ont péché. Quoique naïf, la dernière partie du film qui offre à voir le soulèvement du ghetto contre son exploiteur a quelque chose de réjouissant. Mais on pourra là encore déplorer la volonté du film de demeurer politiquement correct, en mélangeant allègrement blancs et noirs alors qu'un ghetto, précisément, c'est un quartier défini par son caractère ethnique bien plus que par son niveau social... Montrer que les quartiers pauvres des Etats-Unis sont majoritairement habités par des Noirs auraient sans doute paru raciste. Tant pis si c'est une réalité et si cela en dit long sur la société américaine. Mais bon, je m'égare et de toute manière la France n'a aucune leçon à donner sur ce sujet.

 

Bref, tout ça pour vous dire que Le Sous-sol de la peur est un petit film somme toute agréable, sensible et intelligent, qui vaut le coup d'oeil à condition que l'on ait rien de mieux à faire.

 

Sur ce, je vous laisse !

 

 

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4 octobre 2010 1 04 /10 /octobre /2010 00:28

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Les films qui se passent dans l'univers des pensionnats de jeunes filles, généralement, ce sont soit des films d'horreur, soit des films pornos. Et quand ce sont des films d'horreur, le moins que l'on puisse dire c'est qu'ils ne lésinent pas sur les implications sensuelles ou sexuelles de leurs propos. Tandis que les pornos, eux, se contentent de ces seules implications et ne cherchent guère à développer le caractère abominable que représente la vie commune de toute une horde d'adolescentes aux hormones détraquées et aux menstruations encore neuves. La vérité c'est qu'au sein d'une pareille ambiance, même le plus obsédé des pervers sexuels finirait par s'enfuir en courant au bout d'une semaine. Et je sais de quoi je parle, ce fut même la seule fois de ma vie où j'eus l'occasion de sauter par une fenêtre.

 

Bon, tâchons de rester sérieux, parce que ce film le mérite. Pour autant, avant de méchamment dériver, ce que j'écrivais dans le paragraphe précédent n'avait rien d'imbécile : oui, les films d'épouvante se déroulant dans ce genre d'univers typiquement féminin ne manquent jamais de développer une atmosphère profondément sexualisée, et La Residencia s'avère dans ce registre plus qu'exemplaire.

 

Sauf qu'on parle rarement d'une sexualité « saine », et en effet le film de Serrador nous offre un extraordinaire condensé de frustrations et de névroses qui font peser sur l'ensemble de son déroulement une lourde et sordide chape de plomb. Passe encore que les jeunes pensionnaires de cette école privée soit tellement en manque d'affection qu'elles s'offrent, chaque semaine et à tour de rôle, au pauvre pecno qui vient livrer du bois et qui en profite allègrement. C'est assez triste, mais on va dire que ça fait un heureux. En revanche, le personnage que campe superbement Lilli Palmer est, lui, particulièrement inquiétant : perdue entre sa religiosité de convention et ses penchants débridés, son saphisme non-assumée prend des proportions sadiques qui se révèlent contagieuses, quand son affection vis-à-vis de son fils s'avère quant à elle parfaitement incestueuse. Femme froide, pétrifiée, croyant régner sur des sujets qu'elle méprise autant qu'elle les aime honteusement, et possédée en réalité par toutes ses pensionnaires, elle est une magnifique incarnation de la cruauté et de l'hypocrisie des régimes totalitaires s'appuyant sur des considérations morales, que ceux-ci se développent à l'échelle d'une école comme d'une nation. Le cinéma espagnol, traumatisé par des années de franquisme, n'a de cesse d'aborder ce sujet et de le décliner sous de nombreuses formes différentes, à travers des films aussi différents que La Mauvaise éducation ou Le Labyrinthe de Pan...

 

Il faut d'ailleurs bien saisir que c'est là que se situe le propos essentiel de La Résidence. Dans cette tension, dans cet étouffement où chaque geste semble peser et coûter, que la réalisation relaye avec une effrayante exactitude et dont elle ne semble se libérer que dans ses scènes de meurtre, esthétiquement magnifiques car totalement dénuées de complaisance ou de « violence » au sens propre du terme. Ces scènes sont par ailleurs fort rares : les assassinats qui émaillent le récit apparaissant presque comme des prétextes à mener cette lente et tragique description de la vie d'une cruelle communauté et de sa pathétique dirigeante. Jusqu'à un dénouement final, astucieux quoique trop précipité, venant conclure et couvrir ce portrait d'une large et sinistre couche d'ironie macabre.

 

Mais ces éléments, qui font de La Résidence une oeuvre singulière, constituent aussi parfois sa faiblesse : Serrador semble avoir du mal à tenir son propos, l'action s'avère quelquefois confuse et certains choix narratifs n'apparaissent pas toujours des plus pertinents. En réalité, le film pêche surtout par un montage quelque peu aventureux qui ne facilite pas franchement la compréhension immédiate des tenants et des aboutissants de l'histoire qu'il est censé servir. Cela donne au film un petit cachet surréaliste, c'est toujours ça. Et puis soyons honnêtes : c'est un reproche que l'on pourrait adresser à un sacré paquet de films des années 60.

 

Bref, faut-il voir La Résidence ? La réponse est oui. Que l'on soit amoureux de films de genre ou, plus simplement, cinéphile frénétique, on ne peut pas vraiment passer à côté d'une oeuvre qui a, de toute évidence, apporté beaucoup et influencé encore plus. Serrador allait récidiver dans l'étrange et le sordide quelques années plus tard avec le très intéressant Quien puede matar a un niño ?, mais là c'est une autre histoire...

 

Et puis ne boudons pas notre plaisir : il faut voir La Résidence aussi et tout simplement parce que c'est un bon et un beau film, malgré son caractère écrasant, malgré sa cruauté sous-jacente qui parfois explose au visage du spectateur. C'est une oeuvre pleine d'émotions qui captive presque par surprise, sans prévenir, par la force de son propos et par son esthétique quasiment irréprochable. 

 

A noter que ce film est édité par René Chateau, qui prétend proposer l'oeuvre « entièrement remastérisée » alors qu'en réalité l'image et le son sont parfaitement dégueulasses, le tout sur un dvd qui ne propose qu'une piste française. Encore une fois, ça valait vraiment le coup d'en finir avec les VHS. Cette maison d'éditions est un repaire d'innommables branleurs, n'ayons pas peur des mots.


Sur ce je vous laisse, et si vous éprouvez cette nostalgie si « tendance » actuellement dans les braves milieux médiatiques ou cinématographiques français, demandez-vous si vraiment vous auriez aimé passé votre scolarité vêtus d'une blouse grise, dans des écoles et des lycées ressemblant à des prisons ou à des asiles d'aliénés...

 

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