Jeudi 24 mai 2012
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C'est bientôt Nowel et vive le vent d'hiver, et dans une Sorority basée sur un quelconque campus américain de jeunes et charmantes étudiantes ainsi que leur vieille
alcoolique de gouvernante s'apprête à prendre leurs vacances de fin d'année, un heureux départ qui sera malheureusement terni par les appels obscènes et angoissants d'un maniaque qui s'amuse à
les harceler au téléphone, ainsi que par les meurtres abominables dont ces charmantes demoiselles vont devenir les victimes.
Je ne sais pas si vous connaissez Bob Clark, mais pour ce qui me concerne, et après n'avoir vu que deux films de ce réalisateur, je suis sous le charme et bluffé.
Son Mort-vivant (Dead of night) était une merveille, superbe satire de la guerre du Viet-Nam et du retour des soldats sur le sol américain passé au prisme d'une histoire de
zombie, et son Black Christmas est captivant, sinon capiteux.Il semblerait que Clark ait ensuite quelque peu déserté le cinéma d'épouvante pour se consacrer à des réalisations familiales
qui n'ont pas l'air spécialement enthousiasmantes, mais rien que pour ces deux films son nom mérite de figurer au Panthéon des grands réalisateurs du genre. Car notre ami nous a quitté, hélas,
voici quelques années, victime (ainsi que son fils) d'un chauffard bourré qui roulait à contre-sens.
Ce qui surprend le plus dans Black Christmas, c'est son caractère précurseur. Si Halloween est souvent considéré comme le premier Slasher « officiel » de
l'histoire du cinéma d'épouvante, force est de reconnaître que certains films pourraient aisément prétendre à ce même titre, et cela n'est pas faire injure au grand John Carpenter que de le
signaler. Naturellement, on retrouve les principes du slasher dans le giallo, et de fait Six femmes pour l'assassin de Mario Bava – dont je devrais vous causer prochainement un peu plus
longuement, il est prévu dans ma liste des films à revoir – est incontestablement annonciateur du genre, tout comme l'est de manière assez criante Black Christmas.
Cependant, je ne tiens pas à m'attarder outre-mesure sur des données purement historiques. D'accord, la mise en scène des meurtres, la personnalité du tueur, la
nature des victimes, la cadence même du film relèvent clairement du slasher avant l'heure, mais ce n'est pas cela qui fait le seul intérêt du film, loin s'en faut. J'ai même envie de dire que ce
sont les éléments qui font que Black Christmas n'est pas encore tout à fait un slasher qui lui confèrent une qualité surprenante. Le fait, par exemple, de voir le film s'attarder sur les
personnages avec un certain sens de la densité, leur donnant un fond à la fois tragique et ironique qui souligne avec d'autant plus de force le caractère violent, sadique, honteux des crimes dont
ils sont victimes. Alors que les slashers, bien souvent, ne verront dans leurs personnages que des machines à se faire trucider bien pratiques pour faire avancer l'intrigue jusqu'à sa durée
syndicale d'une heure et trente minutes. Ici le meurtre est humanisé : ses conséquences et ses répercussions directes nous apparaissent, notamment dans la quête pour le moins tragique de ce père
à la recherche de sa fille dont il ignore, contrairement au spectateur, qu'elle a été assassinée.
Car c'est là encore un élément fort intéressant de Black Christmas : il parvient à entremêler les intrigues secondaires sans, à aucun moment, devenir
confus. Chaque pièce du scénario complète l'ensemble à merveille, et pourtant ce scénario est largement morcelé, très complexe en réalité, et nous fait naviguer de personnages en personnages, de
personnalités en personnalités, alternant angoisse et comédie, tout en demeurant entier, parfaitement complet.
On admettra volontiers – enfin moi j'admettrai, vous faites ce que vous voulez – que le film n'est pas totalement exempt d'incohérences, dans l'attitude des
policiers par exemple à qui l'idée de fouiller à fond une maison dans laquelle des gens disparaissent à tour de bras ne semble jamais venir, mais pris dans le tourbillon de la narration on ne s'y
attarde finalement pas trop. En revanche, on se fait totalement capter par le tueur, personnage à la fois principal et invisible qui ne s'exprime qu'à travers ses crimes ou ses coups de téléphone
dont la teneur devient de plus en plus cauchemardesque et fascinante à mesure que progresse l'action.
Bref, vous l'aurez compris j'espère malgré le fichoir monumental de cet article, Black Christmas m'a tapé dans l'oeil. Encore une belle production des
années soixante-dix, riche en chef-d'oeuvre tant issus des grands studios que des structures plus indépendantes ou underground. Esthétiquement très beau, soufflant le chaud et le froid, violent
et malsain mais non dénué d'une certaine poésie macabre, je recommande et j'approuve !
Et sur ce, je vous laisse.