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23 novembre 2009 1 23 /11 /novembre /2009 00:56



Evidemment, pour mon tout premier article (outre la présentation) sur ce blog, j'aurais sans doute dû regarder un classique immortel. Le Cabinet du docteur Caligari par exemple, après tout c'est à lui que j'ai choisi de faire référence de façon profondément outrancière. Ou encore Nosferatu, Le Bal des vampires, Les Yeux sans visage, L'Exorciste (mon film préféré, dans sa version de 73, mais on y reviendra un jour), ou simplement un bon vieux Evil Dead ou un réjouissant Halloween. Mais voilà : au lieu de ça, j'ai regardé The Car, et c'est donc de The Car que je vais vous causer. Au moins, il a le mérite de ne pas être spécialement connu. Honnêtement, ça peut se comprendre...

Il y a une chose que l'on ne peut pas enlever à son réalisateur : il avait parfaitement saisi que Spielberg, avec Jaws en 1975, venait de révolutionner le genre. Du moins un certain genre dans le genre. Du moins une certaine grammaire d'un certain genre dans le genre. Je ne sais pas si vous voyez où je veux en venir. Moi oui.

Quel rapport entre Jaws et The Car ? Sa réalisation. Son ambiance. Le film est terriblement spielbergien. Même goût des grands espaces et des plans larges, mêmes effets sonores et plans brusques provoquant une subite montée d'adrénaline chez le spectateur. Et puis ? Et puis à part cela, malheureusement, rien de plus. Au début du film, on s'amuse : voici donc une voiture tueuse, dont le conducteur demeure invisible, rayant de la carte les pauvres bougres qu'elle peut trouver sur son chemin. Si la manière de filmer rappelle Jaws, le thème n'est évidemment pas sans faire penser à Duel. Quand je vous disais que c'était spielbergien !

Mais le talent, sinon le génie de Spielberg, repose entre-autre dans une faculté étonnante à maintenir éveillée l'attention de son public tout le long de ses films. Ici ce n'est pas le cas. La voiture bousille une paire de cyclistes et leur fait faire de la varape sans rappel. Bon. Elle s'acharne ensuite à écraser méthodiquement un auto-stoppeur sardonique. D'accord. Elle décime la population policière du petit patelin dans laquelle ses méfaits sont commis. Certes certes. Mais on fatigue assez vite. La bagnole est indestructible, elle fait des cabrioles, elle vrombit comme un tigre et klaxonne comme une oie enrouée, et pendant ce temps on s'emmerde. N'ayons pas peur des mots.

L'idée de mettre cette voiture tueuse en relation avec des croyances (supposées) amerindiennes, une sorte de démon en colère porté par un vent mauvais, aurait peut-être permis de donner au film une consistance mystique, mais c'est finalement le contraire qui se produit : en devenant rapidement une incarnation du Mal dans toute sa (relative) splendeur, la Voiture n'a plus aucun mystère à nous proposer. Elle n'est jamais qu'un nouvel avatar des éternels monstres sanguinaires qui peuplent les films médiocres, et ni la réalisation, ni le scénario, ni les dialogues ne rattrapent cette faiblesse.

On a du mal à s'attacher au personnage principal, prototype parfait du flic courageux et viril, doté d'un coeur d'or et de couilles en béton. En fait, on se fiche pas mal de savoir si finalement ses deux petites filles accepteront qu'il se remarie avec l'institutrice du coin. Tout comme on ne manifeste que peu d'intérêt vis-à-vis des problèmes d'alcoolisme de l'un de ses hommes. Le personnage du policier amerindien aurait sans doute pu s'avérer plus passionnant, mais le scénario choisit de le réduire à une sorte de molosse bourru et pas franchement bavard, sans passé et sans consistance. Ce qui est tout de même paradoxal, quand on voit l'importance qui est donnée à la mythologie (supposée, là encore) ameridienne au sein de cette histoire de bagnole carrée qui tue des gens.

Et pour en rajouter dans les détails agaçants, la musique du film n'est jamais qu'une dérivation paresseuse sur le thème du Dies Irae, ce qui ne mange pas de pain puisque, après tout, c'est une ligne mélodique très efficace et libre de droits. Mais ça fait sourire. C'est comme les types qui nous collent du Carmina Burana dés qu'ils veulent nous donner des frissons, ou du Requiem de Mozart quand ils désirent nous arracher des larmes. C'est beau, d'accord. Mais dans des contextes pareils, c'est surtout horriblement cliché.

Bref, vous l'aurez compris, The Car est tout de même une petite déception. Je m'attendais, ou plutôt j'espérais, un thriller consistant, façon The Hitcher ou quelque chose du genre, et je me suis retrouvé face à une pâle imitation de Jaws transposé sur le goudron, tombant en moins d'une demi-heure dans la plus pénible des morales apocalyptiques. Silverstein court après Spielberg sans jamais arriver à sa hauteur. Par moments, n'ayons pas peur des mots, il frôle même le ridicule en voulant se montrer grandiloquent. Un klaxon de bagnole, aussi fort soit-il, ne peut décemment pas faire exploser des vitres. Faut pas déconner non plus... 

Je ne déconseillerais pas ce film pour autant : il a le mérite d'être un témoignage intéressant de son époque. On a retenu des années 70, et c'est bien normal, ses grands chefs-d'oeuvre. Il est toujours édifiant de jeter un oeil aux films qui, tout en tentant de s'inscrire dans leurs sillages, se cassent la figure en cours de route, et aboutissent à quelque chose de finalement très banal.

Dommage de commencer ce blog en parlant d'un film que je n'ai pas aimé, mais ce ne sera pas la dernière fois que je dis du « mal ». Je suis sévère dans mon genre. J'ai foi en le cinéma d'épouvante, il est donc naturel que mes exigences soient élevées...

Et pour toutes les informations relatives au film (casting, anecdotes, autres opinions), le mieux que je puisse faire est encore de vous indiquer le lien vers la fiche IMDB qui lui est consacrée : http://www.imdb.com/title/tt0075809 . IMDB étant LE site de référence en matière de cinéma mondial, il n'est aucune raison de se priver !

Sur ce, à la prochaine, et regardez bien avant de traverser ! 
 

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commentaires

ArPaNet 24/11/2009 07:54


Merci pour cette réponse. Je pense que je n'hésiterais pas à le prendre à l'occasion si les prix sont redevenus décents.


ArPaNet 23/11/2009 20:35


Comme souligné dans le précédent commentaire, cela fait vraiment plaisir de pouvoir lire tes critiques à nouveau. Je n'ai toujours pas vu The Car. Est-il disponible en Zone 2 et dans une bonne
qualité (image/son) ?


Cali Gari 23/11/2009 21:52


Il est en effet disponible en dvd zone 2, la qualité de l'image et du son est tout ce qu'il y a de plus correcte. Le film est étrangement vendu très cher sur Price Minister, ce qui est étonnant
dans la mesure où j'ai dû le payer quelque chose comme 4 euros lorsque je l'ai acheté d'occasion dans une boutique !


vartan 23/11/2009 02:04


C'est la version hargneuse de [i]Un amour de Coccinelle[/i] ! :-(

Enfin ! En souhaitant bonne chance à Caligari. Heureux de pouvoir te lire dans ces commentaires et de pouvoir profiter de tous les bons conseils que j'y trouverai certainement. ;-)


Cali Gari 23/11/2009 02:08


Des conseils, oui, sans doute. Bons, je ne sais pas... ;)